Vous avez dit «Mal au cul» ?

J – 2 avant le Tour de France  >>> Pratique

Quel cycliste n’a jamais été confronté à cet épineux problème ? Fignon s’est assis sur le Tour 1989 pour en avoir trop souffert. Ses illustres prédécesseurs, comme Bobet, avaient leurs trucs pour ménager leur postérieurs… Aperçu.

UnknownLa question est d’importance, c’est une voisine qui me l’a posée : utiliser une escalope de veau pour éviter d’avoir mal au cul quand il y a encore 243 kilomètres à faire est-il vraiment efficace ? Autrement dit, est-ce qu’un bout de viande dans le cuissard permet d’éviter le pire ?

Cette astuce était jadis connue des anciens. Les champions d’avant et d’après-guerre (1) y ont recouru dans le but bien compréhensible de soulager les effets d’un martyre annoncé. Dans le même ordre d’idées, une feuille de chou glissée sous la casquette isolait, dit-on, leur calebasse de la canicule et de ses rayons de soleil au dard d’airain.

Régime sur selle

On ose à peine imaginer l’état de ladite tranche de bidoche à l’issue d’une interminable journée passée sur le cuir à en astiquer les rivets… Rassurons-nous : ce régime sur selle a vécu. Aujourd’hui, les parades ont changé. Mais l’acuité de la problématique demeure. Et fait d’ailleurs l’objet de nombreux forums sur Internet, avec tout le sérieux que suppose la chose séante.

Focus technique : 40 % du poids du cycliste repose sur la selle et la zone périnéale, ce qui donne un avant-goût des frottements et des pressions emmagasinés par le fessier. Les troubles sont nombreux et parfois surprenants.

« Le troisième testicule »

Outre les classiques problèmes d’échauffement pendant l’effort, l’irritation de la zone périnéale ou l’infection du bulbe pileux, le blog fysiki, qui a mené l’enquête, a identifié l’apparition possible, mais dans de rares proportions, de ce qu’on appelle dans le cyclisme « le troisième testicule ».

Pour en savoir plus sur ce mystérieux phénomène, on peut consulter le site msport.net. Les spécialistes diront que « c’est une fasciite développée aux dépens de l’aponévrose réalisant un nodule fibreux ». Les béotiens retiendront que cette lésion n’est pas inflammatoire, qu’elle siège derrière les bourses, qu’elle est mobile, peut atteindre la taille d’un testicule et est parfois bilatérale.

Les remèdes ? Les conseils vont bon train sur le net. Une bonne hygiène d’abord : laver son cuissard à la main si possible avec des lessives non agressives, mettre de la pommade à base d’oxyde de zinc… Un équipement adapté ensuite : préférer des sous-vêtements en coton, disposer d’une selle sur-mesure, comme les cavaliers… Une posture adéquate enfin : se positionner sur l’arrière de la selle, éviter de se coucher sur le guidon… Fausses solutions : se mettre en danseuse, ça ne dure jamais très longtemps, ou descendre de sa monture, ça ne mène pas bien loin…

« Se mettre la selle dans le c… », selon Paul Fournel

couv-meli-veloMieux vaut au contraire « se mettre la selle dans le cul », ce qui est plutôt un gage de bonne santé et d’excellente forme physique. L’expression, radicale et imagée, ne signifie pas que les coureurs font quelque chose de semblable, explique l’écrivain Paul Fournel dans son livre « Méli-Vélo ». « Elle traduit la sensation de contraction maximale et de traction sur le guidon que l’on éprouve dans un contre-la-montre ou une forte accélération. Par extension, elle est devenue chez certains un simple équivalent de se mettre au travail ». Soit.

La méthode Bobet, selon Christian Laborde

couv-labordeAutre homme de lettres à s’intéresser à la dix-septième de l’alphabet, Christian Laborde (2). Dans son « Dictionnaire amoureux du Tour de France », il revient sur la délicate question (bovine ?) posée en préambule. Et explique comment les premiers intéressés ont su trouver l’alternative.

louison-bobet« Durant les trois semaines que dure le Tour de France, le cul et le cuir sont comme cul et chemise. Le cuir, plus résistant que le cul, doit veiller au confort de ce dernier, toujours prompt à s’enflammer. Quand un coureur a le feu au cul, il entre dans une boucherie, achète une escalope de veau, la glisse dans son cuissard, remonte sur son vélo et repart de plus belle. C’est la méthode Bobet, champion aux furoncles mal placés. Quand les bouchers mettent la clé sous la porte afin de voir passer le Tour, les coureurs n’ont plus de veau à glisser dans leur raie cuite. C’est pour parer à cette pénurie que les champions se font confectionner des selles sur mesure, paradis du périnée. Joseph Borthayre, coureur modeste, se fait un nom dans le monde des cycles en fabriquant à Biarritz, dans sa boutique du quartier de La Négresse, des selles parfaites. Il a pour clients Fausto Coppi, Rik van Steenbergen, Louison Bobet, André Darrigade, Jacques Anquetil, Felice Gimondi. Ses cuirs, on le voit, font le bonheur du beau linge. »

(1) En 1922, Honoré Barthélémy cousait une escalope de veau dans son cuissard avant de couvrir une étape [in « Les Incroyables du cyclisme », Sylvie Lauduique-Hamez, Calmann-Lévy]. A l’époque, il n’était pas rare de voir les coureurs parcourir plus de 400 kms dans la journée (en partant à 2 heures du matin…) et rester en selle durant une quinzaine, voire une vingtaine d’heures.

(2) Christian Laborde, qui avait suscité une polémique dans les années 90 avec son livre « L’os de Dyonisos, est féru de sport et de cyclisme. Il a publié en 2012 « Tour de France Nostalgie », Edition Hors collection, 128 pages.

 

laurent_fignon_1989bisEn 1989, Fignon s’asseoit sur le Tour pour huit secondes

Huit secondes, qu’est-ce que c’est que huit secondes ? C’est par cet écart, le plus petit jamais enregistré entre le premier et le deuxième du Tour de France, que Laurent Fignon a dû céder son maillot jaune au futur vainqueur, l’Américain Greg LeMond, lors de l’ultime étape de l’édition 1989, un contre-la-montre disputé entre Versailles et les Champs-Elysées. Un scénario incroyable, un suspense insoutenable. Et au bout, huit secondes de malheur, comme l’écrit Jean-Paul Vespini, dans son livre « La dernière échappée » dédié à Laurent Fignon, mort d’un cancer en 2010.

Pendant les minutes, les heures qui précédaient, le champion français souffrait d’une douleur intense, intraitable, intraitable au risque d’être positif au contrôle antidopage. « Ça fait deux jours que j’ai du mal à m’asseoir. J’ai une inflammation de je ne sais trop quoi. Mais ce que je sais, c’est que j’ai du mal à m’asseoir dessus depuis deux jours », dira Laurent Fignon, amer, lors de la conférence de presse d’un dimanche 23 juillet maudit.

« On ne peut pas savoir à quoi c’est dû. Je ne crois pas que ce soit spécialement dû à mes efforts dans l’Alpe-d’Huez, c’est plutôt dû à l’accumulation des fatigues » (*), poursuit celui qui remporta les Tours 1983 et 1984. « Raconter cette défaite qui vous fait mal au cul vous fait également mal au cul », commente Pierre-Michel Bonnot dans le journal « L’Equipe » le lendemain. « On n’aimerait pas passer les vacances dans les cuissards de Laurent Fignon. Tout ça est vraiment trop dur. » Fignon s’en est-il jamais relevé ?

couv-vespini-fignon(*) Dans « Laurent Fignon, la dernière échappée », paru en 2010 aux éditions Jacob Duvernet, Jean-Paul Vespini explique que la douleur en question est une inflammation du canal de l’urètre et qu’un anesthésiant a été placé pour la calmer.

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