Un petit vélo dans l’athlète

J – 3 avant le Tour de France  >>> Une plume, cent mots (et quelques)

couv-petit-elogeEric Fottorino, écrivain, ancien directeur du journal « Le Monde », conte sa passion sans borne pour le cyclisme dans « Petit éloge du Tour de France ». Avec une prédilection pour les héros d’antan et les souvenirs de jeunesse. Une manière d’amuse-gueule avant le gros morceau qu’il s’est fixé à l’occasion de la centième édition : en découdre avec l’épreuve elle-même, à vélo cette fois, sur les 3.300 kilomètres du parcours.

Le sublime et le sordide

Longtemps la foule ne s’est préoccupée que de ses idoles, du spectacle grandiose offert à son imaginaire, refusant de voir la part d’ombre attachée à chaque rémouleur de kilomètres, qu’il soit obscur ou ceint d’un habit de lumière. En reporter avisé, Albert Londres avait « deux yeux de trop ». Le public, lui, préférait fermer les siens, ou ne les ouvrir que pour vibrer aux mano a mano, Coppi contre Bartali, Anquetil contre Poulidor, Gaul contre Bahamontes, Merckx contre Ocana ou Thévenet. Aujourd’hui les dieux sont à terre. La magie s’est perdue. On ne peut impunément faire gober des paradis artificiels, même à des adultes qui sont restés des enfants. Les souvenirs du Tour ont du plomb dans l’aile. Trop de triche, trop d’argent, trop de soupçons dans une époque éprise de transparence. Tout cela était en germe dès le départ, dès le premier tour de roue du premier Tour de France. Mais c’était si beau, grandiose parfois, cette geste chevaleresque, ces exploits, ces décors, ces histoires captivantes d’anonymes entrés dans la gloire après une courageuse échappée, ces destins se hissant vers le Capitole à la force du jarret, au risque de s’abîmer contre la roche Tarpéienne de la défaillance, de la malchance, du vent contraire.

A propos, qu’advint-il d’Ottavio Bottecchia qui impressionna tant Albert Londres ? Vainqueur de la Grande Boucle en 1924 et 1925, on le retrouva un jour assomé au bord d’une route, mortellement blessé à la tête par une pierre qu’un paysan lui aurait jetée comme il chapardait des raisins dans sa vigne. L’homme, dit-on, garda son secret jusqu’à son dernier souffle, avant de s’en libérer en confession pour gagner son paradis… L’histoire n’est pas authentifiée, mais cette légende tragique a perduré. Comme si le cyclisme et la mort, de Bottecchia à Pantani, formaient un inséparable cortège.

Relire le « Tour de France, Tour de souffrance » d’Albert Londres, c’est retrouver l’épreuve dans sa vérité : celle où se mêlent la peine et la gloire, le sublime et le sordide.

Eric Fotttorino, « Petit Eloge du Tour de France », Gallimard folio, mai 2013, 124 pages, 2 euros.

Tours de magie

La boucle est bouclée. Le premier post de ce blog était consacré à Albert Londres, à propos d’un coup de sang sur le Tour 1924. Le dernier rendez-vous « Une plume, cent mots (et quelques) » est aussi inspiré par un journaliste, Eric Fottorino. Son livre, tout petit, fourmille de souvenirs du Tour de France. Le titre ne laisse planer aucun doute : « Futurino », comme a pu le surnommer Jean-François Kahn, est raide-dingue de bicyclette.

Né l’année où le « Campionnissimo » est monté au ciel (1960), « Faustorino » enchaîne les éloges en tout genre comme un gamin jamais rassasié de légendes. Elle lui sont apparues, à Bordeaux où il passé son enfance, par l’entremise d’un certain Roger Lapébie (vainqueur en 1936) qui lui a donné des dizaines de photos des héros de la Grande Boucle… sauf la sienne.

Il écrit court, simple, avec un petit vélo dans la tête. Avec sa plume, les tours de magie prennent à tous les coups. Quel que soit l’ordre dans lequel il ouvre sa mallette à souvenirs : petit éloge du Tour en noir et blanc, de « la course en tête », du chaud et du soif, de quelques cols pénibles, de la caravane qui passe, etc.

Et il est bien difficile de savoir dans son « classement d’épate » quel coureur, quel exploit, quelle histoire a sa préférence. La suivante, sans doute. Entendez celle dont le lecteur savoure déjà la (re)découverte et que ce collectionneur de miniatures (Aludo, Cofalu, Minialux, Norev…) se prépare déjà à raconter, en étant facile.

Rêve éveillé sur le Tour 2013

Eric Fottorino est au départ du Tour 2013. Avec « une vingtaine de jeunes issus de la diversité, ressemblant à la France d’aujourd’hui », il va courir les 3.300 kilomètres du parcours et franchir les 28 cols inscrits au menu. En 2001, il a participé en tant que coureur et que journaliste à la course du Midi Libre, dont il a relaté l’expérience dans « Je pars demain ».

Son « rêve éveillé » démarre vendredi, une journée avant les pros. Si tout va bien, Eric Fottorino (52 ans) et sa troupe (18 hommes et cinq femmes) seront « Tour de France » au soir du 20 juillet. Que vous ayez « la socquette légère » ou pas, chapeau bas…

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