Polar déjanté sauce british

J – 6 avant le Tour de France  >>> Une plume, cent mots (et quelques)

«NJames Waddington est un écrivain britannique dont on ne sait pas grand-chose. En 1998, année où a éclaté l’affaire Festina, il a publié un roman policier, « Un Tour en enfer », où s’enchaînent des morts mystérieuses sur fond d’épopée cycliste et de dopage. En voici le début du premier chapitre, judicieusement appelée « première étape » puisqu’il succède au « prologue ».

Le corps disparu de Jan Potocki

Le premier événement qui se produisit fut la disparition du corps de Jan Potocki. On pourrait se poser la question de savoir s’il s’en servait à cette époque. De toute façon, il était difficile d’imaginer que quelqu’un en ait eu plus besoin que lui. Au moment où il se volatilisa, il gisait dans une des unités de soins intensifs les plus modernes de Grenoble. Certains parmi les fans catholiques de Jan avancèrent la théorie selon laquelle il était monté au ciel. Le Vatican, par l’entremise d’un porte-parole anonyme, fit savoir qu’il ne voyait guère de raisons pour que le ciel réclamât les restes biologiques de Potocki. Naturellement, son épouse fut bouleversée par cette disparition ; Elle ne trouva qu’un moyen d’y faire face : pleurer comme une Madeleine. Si l’on y ajoute un foulard noir et une bouche suffisamment ouverte, mais pas trop, l’ensemble est plutôt photogénique, un rien énervant toutefois lorsqu’on possède aussi la bande-son.

Jan se trouvait à la clinique parce qu’il s’était assommé. Au moment de l’accident, c’était l’un des meilleurs coureurs professionnels du monde. Mais une fois qu’on n’a plus toute sa tête, le corps finit par se détériorer.

Il y a des nageurs de fond, des femmes qui font seules l’ascension de l’Everest, il y a des gens dotés de très gros muscles qui courent le cent mètres en un clin d’œil. Mais rien n’exige autant d’endurance qu’une course cycliste de trois semaines. Personne ne le conteste. Pour alimenter cette énergie, les coureurs mangent en grande quantité une nourriture scientifiquement équilibrée. Pourtant, lorsque au cours de la troisième semaine ils s’attaquent à la haute montagne, leur corps a trop faim, rien ne peut l’assouvir. Il commence à s’autodévorer. Le coureur cycliste peut perdre d’un kilo et demi à deux kilos de muscle durant la troisième semaine du Giro ou du Tour de France.

La troisième semaine. La période pendant laquelle le grand Potocki a été transporté par hélicoptère à la clinique, puis en est sorti. Sorti aussi du Tour et, à coup sûr, de sa tête. Le crâne était là, intact en apparence, mais sans occupant. (…)

James Waddington, Editions Phébus pour la traduction française, 2000.

Le pitch

Akil Saenz domine le cyclisme international depuis des années. Encore un effort au palmarès, et il pourrait bien devenir le plus grand champion cycliste de tous les temps. Un Dieu en quelque sorte. Mais voilà qu’il se met à perdre contre des seconds couteaux, qui disparaissent les uns après les autres dans des circonstances mystérieuses. Une enquête est ouverte, qui mène à un médecin à la réputation sulfureuse. Voilà, en gros, pour la trame du livre.

Alors c’est bien ?

Plus que l’intrigue policière, c’est la fabrique des héros qui intéresse James Waddington. Son premier roman multiplie les envolées à la gloire de ces coureurs de l’impossible, de fragiles machines que tantôt il décortique avec l’érudition d’un abonné de Science et vie, que tantôt il sanctifie avec la grâce d’un curé sous acide.
Mais à force de vouloir élever les cracks du vélo au rang de mythe, James creuse le trou avec son lecteur. On ne sait plus très bien ou donner de la tête dans un dédale de passages touffus et de pensées plus ou moins confuses. Résultat : malgré quelques élans inspirés, le livre donne l’impression de pédaler dans la semoule.

Voir la chronique d’Eric Libiot paru dans l’Express en 2000.

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